Quelque part en Provence, un hameau isolé abrite une communauté offrant refuge à des parcours de vie fragilisés ou marginalisés : personnes en rupture sociale ou personnelle, en sevrage, sans abri, ou en errance de longue durée. Ce lieu constitue une forme d’abri lorsque toute autre alternative semble compromise. L’accueil y est inconditionnel, sans limite de temps.
Depuis plus de cinquante ans, celles et ceux qui s’y arrêtent reconstruisent le lieu à mesure qu’ils se reconstruisent eux-mêmes. La diversité des âges, des origines et des parcours se fond dans l’effort collectif. Chacun oeuvre de ses mains à son propre équilibre et à celui du groupe : travaux agricoles et forestiers, tâches d’intendance, vie communautaire. Saison après saison, certains repartent, d’autres restent ou reviennent, portés par le désir de transmettre ce qui les a sauvés.
Cette série photographique est le fruit d’un travail mené entre 2023 et 2026 au sein de la communauté. Les images y circulent : elles sont vues, discutées, conservées, envoyées à des proches. Lorsque l’anonymat est souhaité, il ouvre une réflexion partagée autour du portrait.
Les témoignages recueillis occupent une place dans le projet éditorial à venir. Ils entrent en résonance avec les photographies, révélant autant les enjeux personnels que les tensions et les forces qui animent cette microsociété.
« Ecorchés. On est tous écorchés. On doit trouver le moyen d’aller de l’avant, comme ‘L’Homme qui marche ’de Giacometti… Même s’il a des jambes très frêles, il avance, il continue d’avancer. » M.
La Longue Saison est le récit photographique de cette quête de reconstruction collective : un témoignage de ce qui se joue ici, en marge des institutions, où chacun tente de retrouver une présence à soi et au monde.
Cette série a reçu le Prix du Public et le Prix du Jury du Festival de Pierrevert, et a été finaliste du Prix QPN et du prix RPBB 2026.
Biographie de François Le Guen
François Le Guen (1990) est un photographe français basé à Paris. Formé à l’architecture (ENSAPM, DPLG), il se consacre à la photographie au cours de ses études, d’abord comme un outil de représentation et d’argumentation de ses projets. Elle devient progressivement centrale dans sa pratique, jusqu’à s’imposer comme son principal mode d’expression.
Son travail se construit dans le temps, au contact des lieux et des personnes, à travers une relation fondée sur la confiance et l’échange. Il travaille principalement en moyen format argentique, dans une démarche qui privilégie une forme de lenteur et d’engagement.
Ses projets s ’ancrent souvent dans des contextes personnels. En 2023, il retourne sur un territoire provençal qu’il connaît depuis l’enfance, à la suite de la disparition de son père. Ce retour marque le point de départ de La longue saison, son premier projet d’auteur.
François partage son activité entre commandes (portraits, presse, monde associatif) et projets personnels au long cours.
Depuis 2022, la photographe se rend régulièrement à la Bergerie de Faucon, un lieu qui accueille sept adolescents confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Beaucoup ont connu des parcours instables, entre placements successifs et ruptures.
À Faucon, ils trouvent un cadre stable, rythmé par la ferme pédagogique créée par Guy Gilbert dans les années soixante-dix. Avec ses cent animaux, elle structure le quotidien et invite à prendre soin de l’autre, à se responsabiliser et se reconstruire. Et souvent, quand la relation aux adultes est abîmée ou compliquée, ce lien plus simple avec les animaux permet de recréer quelque chose, doucement.
Le travail de Naïma Lecomte se concentre sur le quotidien des jeunes, les gestes, les regards et les moments en creux. La photographie vient alors comme un léger arrêt dans le rythme du quotidien, une façon de prendre le temps. Loin de retracer leur histoire ou de documenter le foyer de manière exhaustive, la photographe s’attache à ces moments d’attention, de doute ou de confiance, où l’identité de chacun se construit au fil des jours.
Les images circulent aussi dans le lieu de vie : imprimées dans les chambres ou dans les carnets de chacun, elles deviennent des traces concrètes de leur quotidien et des moments partagés. Elles offrent un autre regard sur eux-mêmes, en dehors des récits négatifs qui les précèdent, et accompagnent discrètement le travail éducatif.
Les images ont été réalisées au lieu de vie dans les Gorges du Verdon et au Maroc pendant un séjour de rupture de deux semaines.
Cette série a été finaliste du Prix Révélation SAIF × La Kabine (2024 et du PhMuseum Women Photographers Grant (2023) et a reçu une mention honorable au Prix Émergence Photographie Documentaire de la Lucie Foundation (2023). Ce travail a également bénéficié du soutien de la DRAC PACA à travers le dispositif Rouvrir le Monde en 2022 et 2023.
Biographie de Naïma Lecomte
Née en 1996 à La Rochelle, Naïma Lecomte vit aujourd’hui à Montpellier. Diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2021, elle développe un travail documentaire sensible, inscrit dans le temps long. Elle retourne régulièrement sur les territoires qu’elle photographie, privilégiant la durée et la relation pour construire ses images.
En 2025, elle participe à la résidence Jeune Création du festival Planches Contact à Deauville, où elle réalise la série Ce qui borde, récompensée par le Prix du Jury. Son projet de diplôme, Au bout de la route (2019–2021), réalisé à Port-Saint-Louis-du-Rhône dans le Parc naturel régional de Camargue, explorait déjà les liens entre un territoire, ses habitants et les formes de vie qui s’y inscrivent.
Cette série est un travail avec et sur des jeunes filles mineures dans deux centres pénitentiaires en France. La maison d’arrêt et la prison sont des lieux où presque tous les mouvements sont suspendus ; où les droits et les possibles sont réduits. Ces institutions, outre leurs missions affichées de normalisation et de réinsertion, ont aussi pour fonction tacite d’exclure ces personnes de nos sociétés et de nos regards. Pour être active, Valérie Horwitz aime à rappeler Foucault qui indique que « la prison transforme une personne en type d’individu » : un délinquant et un numéro d’écrou.
Pour être photographiées, ces personnes ne doivent être ni identifiables, ni reconnaissables. Seuls leurs corps peuvent manifester, signifier ou témoigner de ce que la prison fait au corps et à l’esprit. Il y a là une suspension du droit à l’image contre leur volonté et par extension, du droit de s’appartenir.
Ce projet, constitué en deux volets, a été réalisé au centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille et à l’Etablissement pour mineurs (EPM) mixte de Lavaur 1. Dans ces lieux construits pour contraindre, la photographe tente de créer des espaces d’expression et de liberté ; des espaces physiques et psychiques de résistances. Ces images naissent d’une collaboration où elles témoignent de manière directe et singulière, par un geste ou une suite de gestes, de ce que la prison fait au corps et à l’esprit.
« A travers ce projet, je propose des représentations de leurs mondes, là où nos inconscients collectifs se construisent par le biais d’images dominantes (médias, fiction, films & discours politiques...). À ces photographies s’ajoutent du texte, car si l’image donne à voir, le texte donne à entendre ».
Ce travail a été réalisé avec le soutien du CNAP pour la photographie documentaire. Le premier opus a été édité par Owl’s éditions. Enfin, une résidence à La compagnie (lieu de création à Marseille) lui a permis de travailler sur la mise en espace de ces images et sur la relation d’échelles des tirages entre eux.
Le centre pénitentiaire des Baumettes peut accueillir 672 personnes majeures, dont 9 places sont réservées aux filles mineures. L’Etablissement pour mineurs (EPM) mixte de Lavaur accueille 50 jeunes dont 5 filles.
Biographie de Valérie Horwitz
Valérie Horwitz, née en 1972, vit et travaille à Marseille. Diplômée en communication elle recentre sa vie autour de la création en 2012 et obtient un DNAP de l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence en 2015 et le prix Polyptyque 2020.
Elle s’intéresse aux espaces physiques et psychiques qui contraignent, qui enferment, et aux mouvements du corps et de l’esprit qui permettent de résister, de se libérer de croyances, d’idéologies, et des conventions, pour construire de nouvelles façons d’être au monde.
Après une première série sur le corps et l’impermanence de la vie (5 years, an interval), elle ouvre la question de l’enfermement à d’autres situations (La Muette, In between I,II et III). Si l’artiste use du médium photographique quotidiennement, elle a cependant décidé de ne pas choisir : prise de vue, images d’archives, écriture poétique, vidéo, à chaque fois, c’est au projet de déterminer ses besoins et spécificités formels.
Soutenue par des bourses de recherches, d’édition ou des résidences, ses travaux sont exposés en France et à l’étranger, par des festivals, des galeries associatives ou professionnelles, des foires et des musées (CPM Marseille, La compagnie, GI International, Cacy, galerie Analix forever, photo basel, Musée Histoire de Marseille, Memorial de la shoah, Mucem…). Ses oeuvres sont présentes dans des collections publiques et privées.